DRAGUIGNAN - Arnaques, crimes et amateurs

Publié le par Stéphanie R.

Le cru 2010 de la sélection "amateurs" du Festival Cours Dragui Court concocté par Gaël Delaite et Antoine Giacobbi s'est révélé savoureux. Les apprentis cinéastes ont mis beaucoup d'énergie à palier, avec un scénario drôle ou alambiqué, les difficultés techniques rencontrées.

 

J'ai eu le plaisir de siéger au Grand Jury (en qualité de représentante de l'Education Nationale et d'ancienne lauréate pour le film Tueur à gages réalisé avec Nicolas Helle) en compagnie des voix françaises de Marge et Homer Simpson, Véronique Augereau - notre présidente - et Philippe Peythieu, de Jean-Claude Honnorat, journaliste France 3, de Jean-Philippe Gaud, réalisateur et professeur à la FEMIS, de Florence Gayet de Cinéma Evasion et de Marie-Pierre Fèvre, professeure documentaliste au lycée du Muy.

Les premières délibérations, à la même table, mais indépendamment du jury Jeunesse, ont permis de décanter nos favoris. Lors de la fusion des deux jurys, nous avons réalisé que nos préférences se rejoignaient parfaitement. Le regard aigu et sensible des lycéens a ainsi prouvé, une fois de plus, que "la valeur n'atteint point le nombre des années".

 

Si aucun film ne déméritait, voici ceux qui ont retenu plus particulièrement notre attention:

 

In Scale de Marina Moshkova: un film d'animation de l'école russe qui a tout d'un grand! Il y a de grandes chances que vous le croisiez dans les festivals. Sur un thème rabattu, l'effet papillon, un simple crayon noir fait des merveilles sur papier blanc. Par amour maternel, un oiseau y enchaîne les catastrophes. Les jeux avec l'échelle (qui donnent son titre au court), les idées liées au trait et à ses repentirs, le scénario acide sont les atouts de ce film efficace, tout en simplicité, humanité et humour.

 

Banane Va! de Pierre Lermier: une tordante séquence d'ouverture sur fond de plage, un combat western en champ/contrechamp entre une simplette au cerf-volant coccinelle contre un meurtrier au grand coutelas, augurait un bel humour vache et une capacité à jouer avec la "gueule" d'acteurs savoureux. La suite perd un peu en efficacité.

 

Une histoire de pomme de Damien Delannoy: le parcours de ce retardataire pénitent dans une école primaire joue admirablement avec les attentes du spectateur. Si le son a quelques faiblesses, les acteurs sont convaincants, la chute est bien amenée, l'humanité suinte. 

 

L'échelle de Karman de Colas Reynald et Charles Vanetti Tean: ici, la lumière est reine. Toute la palette des effets couleurs est exploitée dans ce huis-clos psychiatrique et futuriste aux grands décors SF. Le jury salue un beau travail formel pour le "plaisir de l'oeil", en harmonie avec un univers BD singulier. Toutefois, le scénario "lyrique, un peu pompeux", surtout trop alambiqué, n'a pas convaincu.


Arnaque-moi si tu peux de Yanisse Qnia: prenez des potes qui savent jouer la comédie, qui maîtrisent la tchatche et se prêtent au jeu de la réalisation, un pti scénar bien troussé, monté sur Cheval de Troie, vous obtenez un film amateur crédible et hilarant. L'arnaque bâtie sur l'arroseur arrosé tient surtout par la qualité du jeu, "des acteurs parfaitement justes" (un pti bémol pour l'oncle) et des dialogues irrigués par une belle gouaille dans la langue du 9.3. Un chouette film de copains, donc, qui pourrait rivaliser avec des longs du type Le ciel, les oiseaux... et ta mère!, avec ses scènes cultes comme le "plan de la merguez" en cadre fixe ou celui du jeu autour du frigo.

 

Le Bonheur des autres de l'atelier artistique, L, P, J, P Laurent: un des seuls films à jouer la carte politique (avec Naissance d'une passion de Joris Laquittant et Mikolaj Jakubowski, une partie de Risk entre mafiosi caricaturaux qui voit le jeune Hitler prendre goût à l'invasion: belle photographie!). Les matières admirablement bien agencées, colorées et éclairées et un scénario engagé honorent ce travail lumineux sur l'absurdité du travail à l'usine et les ravages du bonheur imposé par l'objet de consommation. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié la finesse plastique et le message délicat de ce film d'animation oublié par le palmarès.

 

Plus maladroits mais touchants: Raymond Banaski de Julien Gassmann, La Chute d'Angélique Sarrochi (centre culturelle La Belle Epoque de Draguignan), A quelle heure tu rentres? de Lise Anhoury. Le premier a su faire rire avec sa parlure de Karaté Kid grotesque mais souffre de longueurs dues à la répétition de plans et de gags identiques. Le second touche au coeur d'une problématique adolescente (s'affirmer vis à vis des parents, exprimer un malaise et des pulsions suicidaires) courageuse et sans doute autobiographique. Toutefois, la musique et l'image restent illustratives, sans prendre de recul critique par rapport au thème proposé. Le troisième s'ouvre sur de belles images à la lumière jaune et au flou gaussien maîtrisés. Si le jeu des comédiens est assez crédible, la chute est convenue et réactionnaire: ne sortez pas sans l'assentiment de maman et de votre portable, les inconnus sont dangereux. Une "morale" qui sied mal à une réalisatrice enjouée.

 

Côté sélection HD, les films proposés étaient bien léchés, proposant une photographie et un sens du montage sûrs.

Toutefois, Jean-Philipppe Gaud a regretté des scenarii qui manquaient de "chair", de véritable humanité.
Nous n'avons pas boudé notre plaisir avec Le syndrome du timide de Pierre-Axel Vuillaune-Prézeau, un court faussement intellectuel, au rythme enlevé, lorgnant du côté d'Amélie Poulain, avec sa voix off qui décortique un beau spécimen de timide. Les trouvailles techniques servent habilement le propos. Les jeux de profondeur de champ et de lumières sont superbes. Une belle histoire alliée à une chute philosophique pratiquent l'autodérision: la démonstration est convaincante. Ce truculent timide se dévoile sur Dailymotion.

 

Enfin, le jury a décerné une mention spéciale à Gilles Corporation, une parodie de clip publicitaire dépotant vantant la reconversion d'un paysan troyen en "éleveur de Parisiens". Ce Bonheur est dans le pré sophistiqué (des effets spéciaux pléthoriques, des couleurs pétaradantes) et grinçant (la figure du Parisien en prend un sacré coup) se fait le chantre audacieux et grotesque d'une réalité sociale et économique d'actualité. Voici, en quelque sorte, une traduction hilarante pour mal-comprenants des effets de la mondialisation. Déjà produit, le bestiau n'est visible qu'en version teaser.

 

 

Les lauréats de cette 4ème édition de COURS DRAGUI COURT sont :

 

Dans la Catégorie Amateur

 

* Grand Prix:

 Arnaque moi si tu peux QNIA Yanisse

 

* Prix Public:

La Chute Centre social de la belle époque de Draguignan 

 

* Prix Jeunesse:

In scale Marina Moshkova

 

* Prix d'encouragement:

Une Histoire de Pomme DELANNOY Damien

 

Dans la Catégorie HD (Haute Définition)

 

* Grand Prix HD:

Le Syndrome du Timide Vuillaune-Prézeau Pierre Axel 

avec une mention spéciale du Grand Jury pour:

Gilles Corporation Vianney MEURVILLE

 

Dans la Catégorie Frisson

 

* Grand prix frisson:

Peur d'Enfance de FOURNY Brice

Publié dans festivals

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